Adeline : de l'exploration à la transmission
Tout a commencé par une décision un peu folle : en 2017, j’ai suivi mon instinct et je suis partie marcher. Trois ans, à pied, du Nord du Massif Central jusqu’au Sud de l’Espagne, avec mes chiens et mes chevaux (et même un chat).
Pas après pas, de sentiers en bivouacs, j’ai eu l’impression de vivre comme nos ancêtres nomades-cueilleurs. Et une question s’est imposée progressivement :
que mangions-nous avant l’agriculture ?
La réponse, c’est la nature qui me l’a donnée, plante après plante, saison après saison. J’ai appris à reconnaître, cueillir, préparer un menu sauvage chaque jour différent. J’ai poussé l’expérience jusqu’à me nourrir exclusivement de cueillette, pour mesurer vraiment jusqu’où l’on peut aller.
Et au beau milieu des montagnes espagnoles, j’ai cuisiné des glands. Les habitants du coin m’ont regardée avec incrédulité : « Mais… c’est pour les cochons ! » Moi, je me régalais. Et je me demandais comment on avait pu oublier que l’abondance se trouve tout autour de nous, sans qu’on n’aie à la forcer.
Ce voyage m’a appris bien plus que des recettes. Il a changé mon rapport au vivant, à la nature, à ce que nous appelons « alimentation ». Et il a fait naître une vocation : transmettre.
Transmettre : avec passion et professionnalisme
L’expérience du voyage et l’apprentissage empirique m’ont donné une conviction profonde et me permettent de transmettre un vécu authentique. Ça a du sens pour moi : c’est un partage.
J’ai aussi eu à cœur de suivre des formations professionnalisantes pour communiquer des connaissances solides. Enseigner la botanique est un métier rigoureux, et j’ai l’ambition de vous faire manger des plantes sauvages et des glands… sans vous empoisonner ! 🙂
Voici un aperçu de mon cheminement :
2015 |
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2017–2020 |
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2019 |
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2021 |
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2022–2024 |
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2024–2026 |
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La philosophie de Flora deliciosa
Le nom Flora deliciosa, est inspiré des noms scientifiques donnés en botanique aux plantes. Vous l’aurez compris, nous nous intéressons ici à la flore nourricière. Nous consommons aujourd’hui quelques dizaines d’espèces végétales, toutes cultivées, alors que l’on recense, seulement en France, plus de 6 000 espèces de plantes comestibles sauvages ou que nous pourrions cultiver (et 80 000 dans le monde). Cela ouvre un champs de questionnements et d’explorations immense !
Les partages que je propose avec Flora deliciosa sont donc nés d’un voyage nourri de cueillettes sauvages, de découvertes botaniques et de questionnements sur notre monde. Il est à la fois le fruit et le support d’une quête de sens par rapport à notre société. Dans mon expérience personnelle, découvrir la cueillette sauvage et s’en nourrir activement a transformé mon regard sur le règne végétal et renforcé mon lien à la Nature, ou plutôt, au Sauvage. Par ailleurs, et tout particulièrement dans un contexte d’effondrements écologiques liés à nos activités, constater l’abondance naturelle m’a amenée à questionner notre modèle agricole occidental, qui, intrinsèquement, s’oppose à la Nature, et mène une guerre contre le Sauvage.
Dans le même temps, notre société étant entièrement construite autour d’elle, et étant donné que nous sommes peu disposés à redevenir des nomades-cueilleurs, il semble peu réaliste, dans l’immédiat, d’imaginer nous passer d’agriculture. Mais peut-être existe-t-il un autre modèle agricole plus harmonieux avec la Nature, incluant le Sauvage ? Cela serait plus résilient, pour nous-même, comme pour ce qui vit autour de nous… C’est ce que pourraient permettre certains systèmes agroforestiers, ancestraux sous d’autres latitudes. Les jardins-forêts, qui en sont inspirés, me semblent donc être une piste à explorer, et à amener dans le milieu agricole afin que celui-ci puisse évoluer…
Par ailleurs, même si nous ne sommes peut-être pas assez sages pour nous en nourrir uniquement, la cueillette sauvage peut sans doute nous réapprendre à nous relier au Sauvage, à ne plus en avoir peur et à nous harmoniser avec. Cela pose la question centrale de notre rapport à la Nature, et c’est ce qui me semble fondamental, bien au-delà de la connaissance des plantes elles-mêmes. Car enlever des peurs, changer de regard et éliminer de notre langage les qualificatifs tels que « mauvaises herbes », contribueront, voire, seront la condition à des changements de pratiques personnelles, culturelles et agricoles.
Enfin, mon travail d’investigations ethnobotaniques sur les glands dans l’alimentation humaine m’a permis d’approfondir ces réflexions, de comprendre des mécanismes propres aux sociétés humaines, qui ont abouti à l’oubli de cet aliment comme d’autres plantes sauvages. Les choix de faire reposer notre alimentation sur les céréales, ou autre végétaux annuels rapportés d’ailleurs, plutôt que sur les ressources forestières indigènes s’expliquent par d’autres raisons que la simple logique du goût, de l’intérêt nutritionnel, ni même de la facilité. Il y a là une question éminemment politique, et cela me semble important d’éveiller un questionnement et d’inviter à une réflexion, afin de nous ré-approprier une certaine souveraineté, fondamentale.
Tout cela me semble avoir du sens, et c’est cette vision que porte Flora deliciosa.
« Les choses ne s’accomplissent réellement que lorsqu’elles sont transmises. » (Hervé Coves)
